Bordeaux Aquitaine Marine

Vague de froid à Bordeaux - Noël 1829

Gros dégâts dans le port
extrait du Journal de la Monarchie (1829-1830) Le 28 décembre Depuis un grand nombre d'années on n'avait pas senti un froid aussi rigoureux que celui que vous avons depuis plusieurs jours : le thermomètre de Réaumur est successivement descendu, et hier à 10 heures du matin, exposé au nord, il marquait 11 degrés au- dessous de zéro (1). La rivière charrie une grande quantité de glaçons. Le service de la navigation est entravé. Le bateau à vapeur, parti hier matin pour Langon, a été obligé de s'arrêter à Quinsac ; il a ramené ses passagers à Bordeaux. Si les vents continuent à régner dans la direction du nord nord-est, il est à craindre que le froid augmente d'intensité, et que comme dans les hivers de 18.. et1820, la rivière ne soit avant peu presqu'entièrement prise. (1) 11 degrés Raumur = 13.75 degrés Celsius Le 29 décembre Le froid continue à être très-vif. Hier, à 8 heures du matin, le thermomètre de Réaumur exposé au nord, marquait 12 degrés au- dessous de zéro. La rivière charrie toujours une grande quantité de glaçons, ce qui a forcé les navires à quitter la rade pour s'abriter sur chacune de nos deux rives. Ceux qui n'ont pu parvenir à faire cette manœuvre ont eu beaucoup à souffrir. Le Pactole, qui se trouvait dans ce dernier cas, a eu ses amarres rompues vers 7 heures du soir, et a été jeté en travers sur le pont. Quelques autres navires ont été mis en dérive ; mais nous n'avons point appris qu'ils aient éprouvé des avaries. Le 30 décembre Le froid continue à être excessif. Le thermomètre de Réaumur, exposé au nord, indiquait hier matin 8 degrés et demi au-dessous de zéro. La rivière charrie toujours beaucoup de glaces, et nous avons encore de nouveaux désastres à faire connaître. Les navires la Clémentine et la Galathée . que l'on n'avait pu amener à quai, ont eu leurs chaînes rompues vers sept. heures du malin et ont été jetés en travers sur le pont. On est parvenu à les dégager à la pleine mer, et ils ont été amarrés à terre sur la rive droite. A dix heures, le brick-goélette la Bonne-Magdeleine, qui avait eu également ses câbles rompus, est tombé sur le pont avec un fracas horrible. Ce navire s'est trouvé engagé sous une arche, ce qui a amené la rupture de ses mâts. Beaucoup de personnes se trouvaient sur le pont au moment de cet événement. Deux hommes qui n'ont pas eu la précaution de s'éloigner, ont été atteints par la chute des mâts et ont reçu à la tête des blessures très graves : l'un a eu le crâne fracassé, et l'autre, la joue droite entièrement déchirée. Ce navire, après avoir passé sous le pont, traînant avec lui les débris de ses mâts, a remonté la rivière, et le reflux l'a ensuite ramené vers le pont sous lequel il a passé une seconde fois, On est enfin parvenu à le mettre en sureté sur la cale des Chartrons. Les dégâts que ce navire a éprouvés sont considérables. Il arrive de Cayenne et a à bord la presque totalité de son chargement. Le Martial et le Jean-Maurice qui n'avaient pu venir à terre, ayant voulu éviter la Bonne Magdeleine lorsqu'elle était en dérive, ont cassé la chaîne qui les retenait et ont été entraînés par les glaces. Ils sont arrivés près du pont, tenus par une ancre à jet ; on leur a fait passer des câbles à l'aide desquels ils ont pu gagner la terre. Le navire les Deux-Amis, qui est échoué sur le banc de sable des Queyries, n'a pu être relevé. On a été obligé de couper son grand mât pour le soulager. Les glaces interceptant les communications, ou n'a pas pu lui envoyer de gabarres pour décharger une partie de sa cargaison, ce qui aurait contribué à le mettre à flot. Il est à craindre que, par suite des vents de nord-est , qui règnent depuis plusieurs jours, les eaux ne baissent beaucoup, et qu'alors ce navire ne finisse par s'ouvrir. Quelques caboteurs ont eu leurs bordages endommagés, ce qui leur a occasionné des voies d'eau considérables. Vendredi 1 er   janvier 1930 C'est un spectacle vraiment affligeant que celui de notre rade. La rivière est entièrement couverte de glaces et l'on distingue à peine quelques petits courants d'eau ; les bords sont glacés à plus de 40 toises en avant. ll est inutile de dire que la navigation est tout-à-fait interrompue. De nouveaux désastres sont encore parvenus à notre connaissance, et nous allons les rapporter. Une gabarre chargée de cuirs, provenant de la Galathée, s'était abritée près de l'amiral. Elle a été froissée par les navires qui se rapprochaient de la terre, et a disparu sous les eaux avec son chargement qui se trouve avarié. On avait répandu le bruit à la bourse d'hier, que le navire l'Esteva, mouillé à Bassens, avait eu ses chaînes rompues et courait les plus grands dangers. Cette nouvelle est fausse : ce navire a seulement perdu une de ses chaînes, qui a été aussitôt remplacée par les soins de M. Chaigneau , constructeur à Lormont, qui s'est rendu à Bassens avec plusieurs ouvriers de ses chantiers. On est parvenu à consolider les amarres de ce navire, et à le placer dans une position moins périlleuse. On va procéder aujourd'hui au déchargement de sa cargaison, qui se compose de valeurs considérables. Le navire l'Argus, qui avait déradé de Pauillac, et qui était venu s'échouer à Laroque, au lieu-dit Rigolez, a eu ses chaînes coupées par les glaces et a été couché sur le côté. L'équipage s'y est tenu plusieurs heures. Le syndic des marins de Blaye a envoyé dix hommes qui sont parvenus avec l'équipage à redresser le navire et à l'amarrer de nouveau. Malgré cela il se trouve toujours dans un grand danger, les amarres qui le tiennent n'étant pas suffisantes. Le navire l'Argus, qui avait déradé de Pauillac, et qui était venu s'échouer à Laroque, au lieu-dit Rigalet, a eu ses chaînes coupées par les glaces et a été couché sur le côté. L'équipage s'y est tenu plusieurs heures. Le syndic des marins de Blaye a envoyé dix hommes qui sont parvenus avec l'équipage à redresser le navire et à l'amarrer de nouveau. Malgré cela il se trouve toujours dans un grand danger, les amarres qui le tiennent n'étant pas suffisantes. Le navire les Deux-Amis, qui est échoué sur le banc des Queyries, n'est pas encore relevé ; on a été obligé de couper, hier matin, son mât de misaine. Il ne lui reste que le mât d'artimon. On est parvenu avec beaucoup de peine à attacher deux aussières à des arbres, et comme ce navire a flotté à la marée du matin, on a l'espoir, si ces aussières peuvent résister à la force des glaces, de le ramener à terre, à la pleine mer. Ce navire ne fait pas d'eau. Le navire la Jenny, le seul qui fit encore en rade, a eu ses câbles rompus à neuf heures et demie a été jeté contre le pont, sous lequel il a passé après avoir eu ses mats cassés. Ce navire est allé jusqu'à la Souys , et il est à craindre que le descendant ne lui fasse éprouver d'autres avaries en le ramenant vers le pont. Le 8 janvier 1985, la température est de -16.4° C à Bordeaux - les péniches sont prises par la glace
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