Bordeaux Aquitaine Marine

La Nymphe, frégate royale gérée par la Chambre de Commerce de Guyenne

par Alain Clouet
La situation à l'embouchure de la Gironde en ce début de 18e siècle est toujours tendue et rien n'empêche les navires corsaires étrangers d'y pénétrer capturer des navires. Ce sont plus spécialement les corsaires de Jersey et de Guernesey qui interviennent. Mais les corsaires basques ne sont pas en reste. En septembre 1705, par exemple, ces derniers ont attaqué dans la rivière plusieurs vaisseaux hollandais et pillé, puis relâché un navire danois, pourtant tous pourvus d'un passeport du Roi. La Chambre de Commerce de Guyenne se saisit du dossier et publie le 5 juin 1710, un "Mémoire des négociants de Bordeaux pour l'armement d'une frégate de douze canons qu'ils s'offrent d'entretenir pour garder l'entrée de la rivière, son embouchure contre les corsaires". Ce mémoire précise : quel doit être l'armement du navire, comment seront réparties les dépenses du navire, que le capitaine sera choisi par la Chambre, que la frégate ne pourra être utilisée que pour la garde exclusive de la rivière contre les corsaires, les  taxes imposées aux bateaux en rivière, La fin de la mission à la signature de la paix, qui entraînera la fin des taxes sauf si les dépenses ne sont pas toutes couvertes, La répartition de la vente des prises faites par la frégate Le ministre de la marine propose alors la frégate Nymphe (1) , ce à quoi répond la Chambre dans une lettre datée du 5 juin,  que ce navire est trop grand, d'un armement trop long et d'un entretien trop coûteux : "les trois sols et six sols qu'il sera permis de lever par tonneau sur les vaisseaux françois, pour satisfaire à tant de dépenses, ne sçauroint (sic) produire au-delà de trois à quatre mil livres par an, attandu que dans ce temps malheureux de guerre et la disette générale où est la province de Guyenne de toutes sortes de denrées, il ne sort pas de la rivière plus de quatre cens battimens". Le 12 juin, la Chambre délibère sur une augmentation des ressources. Le 18, M. Billate est délégué pour négocier les conditions de la location avec M. de Beauharnais, intendant à Rochefort. Ce dernier fait son compte-rendu à la Chambre le 12 juillet et demande un arrêt du Conseil autorisant l'augmentation des droits à lever pour faire face aux dépenses de cet armement. Mais M. de Pontchartrain refuse et affirme que "les choses en demeureront là". Frégate peinte par Roux Il faudra attendre le 10 février 1711, pour que l'on reparle de la Nymphe. Cette fois, décision est prise par "Messieurs les Anciens de la maison" d'accepter l'offre du ministre. Dès lors tout va s'accélérer, les arrêts des 27 juillet et 18 août, relatifs à l'armement de la Nymphe sont notifiés le 6 septembre, et le traité d'armement est conclu entre MM. De Beauharnais et Brunaud, délégué de la Chambre le 17 septembre. Un second traité sera signé le lendemain entre M. Brunaud et un avitailleur de Rochefort pour la fourniture des vivres à l'équipage. Le 6 octobre, la Nymphe, avec M. de Brach comme commandant, appareille de Rochefort pour sa station en Gironde. Cependant les débuts de Nymphe ne sont pas de tout repos pour le Conseil. Il doit délibérer le 13 décembre sur deux incidents : la désertion de neuf matelots mécontents de la nourriture et la perte au cours d'une tempête d'un mât, des ancres et d'un matelot emporté pat la mer. Croyant bien faire, le Conseil vote le 14 avril 1712, une résolution offrant à M. de Beauharnais six pièces de vin. Ce dernier refusera. Le 8 juillet, le Conseil adresse un blâme à M. de Brach pour avoir escorté un convoi au lieu de croiser à l'embouchure de la Gironde. Enfin une bonne nouvelle, le 26 septembre, le Conseil attribue à la Chambre de Commerce la galère corsaire La Revanche de Guernesey, prise par la Nymphe. Suite à la suspension d'armes avec l'Angleterre, il est constaté que "les Gerzais (Jersey) et Guernezais (Guernesey) ne troublent plus le commerce" et que les bâtiments peuvent entrer ou sortir librement dans la rivière sans le secours de la Nymphe. S'y ajoute le fait que durant l'hiver, les corsaires ne s'approchent pas de nos côtes par crainte du mauvais temps. Le Conseil demande donc au Roi de désarmer la Nymphe du mois de novembre au mois de mars à cause "des grandes sommes qu'il en coûte pour l'entretien de cet armement". Il laisse donc au comte de Pontchartrain le soin d'en décider "avec cette circonstance, que si au mois de mars, il en juge à propos de continuer ledit armement, les négociants de Bordeaux s'empresseront de la faire". L'accord est obtenu et l'ordre est donné à M. de Brach de rester au Port-des- Barques jusqu'à nouvel ordre Un certain nombre de négociants avaient refusé de prêter 500 livres pour l'armement de la Nymphe, le Conseil obtient une ordonnance de l'intendant le 3 février1713 pour les contraindre "par garnison effective". Le 4 janvier 1714 il est décidé d'arrêter la perception de droits levés à Royan pour l'armement de la Nymphe. Cette décision sera étendue à l'ensemble de la juridiction de la Chambre le 30 août 1714. On perd ensuite la trace de la Nymphe. Il semble que cette expérience ne fut pas renouvelée en 1714. Alain Clouet note: (1) La Nymphe est une frégate de 250 tx, de 31 mètres de long, armée de 24 canons. Elle a été construite au Havre en 1702 pour la marine royale.
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