Bordeaux Aquitaine Marine

 Menaces sur Bayonne

1. Menaces hollandaises sur Bayonne en 1674

Extrait du livre de Jean Baptiste Bailac, Nouvelle chronique de la ville de Bayonne, par un Bayonnais, imprimé chez Duhart-

Fauvet,Bayonne,1827,p187.

« Le 3 juin, ayant eu avis que la flotte hollandaise avait passé devant Calais, au nombre de cent-vingt voiles, pour venir devant nos

murs, il fut délibéré que tout le monde devait se mettre sous les armes, et se rendre aux cloîtres des églises. Les magistrats s'y 

transportèrent pour exhorter le public à se bien défendre, en cas qu'on fût attaqué. Les habitans témoignèrent un grand zèle à se

bien défendre, et à périr plutôt que d'abandonner la place.

« Le 12 juin, Mr le maréchal de Gramont arriva de Paris. Il expédia un courrier portant défense expresse à la ville de lui envoyer des

députés, de tirer le canon, et de l'attendre à la porte, voulant entrer incognito.

« Le 17, feu de joie à l'occasion de la prise de Besançon : il y eut Te Deum à la cathédrale. Le même jour on eut avis que la flotte

hollandaise paraissait à la hauteur de l'île de Ré.

« Le 1er août, sur la nouvelle que la flotte hollandaise paraissait devant Saint-Jean-de Luz, Mr le maréchal de Gramont s'y rendit en

personne, pour donner des ordres, et tâcher de découvrir le nombre des vaisseaux de cette armée. Il y demeura tout le jour, et

revint le lendemain. Quelques gens de Biarritz rapportèrent qu'ils avaient vu dix-sept vaisseaux à la hauteur de leur bourg, et que

plus avant en mer ils en avaient compté cinquante-deux.

« Deux jours après, les nouvelles furent que les Hollandais s'étaient retirés de cette côte,  et avaient passé plus avant vers le détroit;

qu'ils avaient fait seulement aiguade à Saint-Sébastien et au Passage; que le comte de Horn avait mis pied à terre avec les siens, et

avait eu une grande conférence avec don Bernard de Salines, qui était arrivé de la cour  d'Espagne à Saint-Sébastien le même jour

que l'armée hollandaise. Le même comte de Horn s'en alla à Madrid avec don Bernard de Salines, et la flotte se retira du côté de

Saint-Ander. On a su depuis par des prisonniers de la Rochelle qui étaient sur cette flotte, qu'il n'y avait que quatre mille hommes

de débarquement.

« Le 13 août, Mr le comte de Louvigny partit pour Paris, pour annoncer lui-même au Roi que les Hollandais s'étaient retirés.

2. La coalition attaque Bayonne - 1813

Extrait du livre de Jean Baptiste Bailac, Nouvelle chronique de la ville de Bayonne, par un Bayonnais, imprimé chez Duhart-

Fauvet,Bayonne,1827,p366 bis.

On embossa au milieu de l'Adour, un peu au dessous du poste avancé de Sabalce, une corvette de vingt-quatre canons, nommée la

Sapho, pour battre de revers et d'écharpe les bords et tout le terrain en avant de l'inondation, ainsi que les postes avancés et la

digue. On avait armé également vingt chaloupes canonnières, portant chacune quatre canons de 18 et de 24. Six de ces chaloupes

mouillèrent à portée de la Sapho, pour soutenir et fortifier son feu. Six autres allèrent joindre au Boucau un petit bâtiment de

douze canons, appelé le stationnaire, chargé d'observer la rive gauche, et d'interdire l'entrée de la rivière à tous les petits bâtimens.

Le 23 février, à sept heures et demie du matin, l'ennemi démasque une batterie de sept bouches à feu de gros calibre, qu'il a élevée

sur la rive gauche de l'Adour, au fond de l'anse de Blancpignon. Le feu de cette batterie se dirige sans interruption, au descendant

de la marée, contre la Sapho , qui, prise dans le sens de sa longueur et en partie d'écharpe, ne peut riposter un seul coup avec

avantage, ni remonter l'Adour. Le capitaine Ripaud, brave officier, qui s'est distingué dans l'Inde, est blessé mortellement, et meurt

peu d'heures après.

Treize hommes de l'équipage sont tués, beaucoup d'autres blessés plus ou moins grièvement. C'est à midi et demi seulement que

ce malheureux bâtiment rentre à la remorque dans l'intérieur du port. Les six chaloupes canonnières ont échappé à leur

destruction en gagnant la rive droite. En vain, dès le commencement de l'action, les redoutes des Fusiliers et de la Pointe

supérieure, la batterie basse de l'Adour, les batteries du bastion de la citadelle, et de la contre-garde en avant, ont réuni tous leurs

feux contre l'ennemi ; celui-ci est hors de portée, ou couvert par d'épaisses dunes. En même temps, d'innombrables fusées à la

Congrève sont lancées en partie sur la ville, qu'elles ne peuvent atteindre à cause des vents contraires, en partie sur le parc de la

marine, où elles ne causent aucun dommage, quoique cet établissement regorge de matières combustibles.

Dans la matinée du même jour, le canon tiré au Boucau annonce une autre attaque. En effet, quelques barques légères, venues de

Biarritz, de Bidart et de Saint-Jean-de-Luz, débarquent des troupes sur la cote nord, tandis que d'autres embarcations traversent la

rivière entre la tête des jetées en maçonnerie et la mer. En vain les six chaloupes et le stationnaire essaient de contrarier ces

opérations. Sur les cinq heures de l'après-midi, deux bataillons sortent de la citadelle pour attaquer l'ennemi, qui avait déjà réuni

plus de 6.ooo hommes sur la rive droite. Après une escarmouche assez vive, et une perte d'environ 2oo hommes, ces deux

bataillons profitent de la nuit pour se retirer.

Les chaloupes canonnières, dont une avait sauté par accident, et le stationnaire, regagnent le port en même temps. Pendant la nuit

du 23 au 24, l'ennemi continue à débarquer des troupes sur la rive droite de l'Adour. Elles se répandent autour de la citadelle, et

occupent tous les débouchés qui y conduisent. Dans l'après-midi, les grandes routes de Toulouse et de Bordeaux sont interceptées

par des postes de cavalerie. Néanmoins le courrier de la malle, expédié ce jour-là de Bayonne pour Bordeaux, parvient à suivre sa

destination. Le soir, l'investissement de la place est effectué de tous les côtés par une armée d'environ 3o,ooo hommes.

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