Bordeaux Aquitaine Marine
La Manufacture Royale de goudron des Landes
 Robert AUFAN est l’auteur d’une passionnante encyclopédie sur les résineux des Landes que vous pourrez découvrir sur son site : http://lesproduitsresineux.free.fr

Heurs et malheurs de la manufacture (1663-1686)

 1. La création de la Manufacture Royale

        C'est en 1663 que Joseph Lombard, Commissaire de la Marine à Bordeaux, mandaté par Colbert du Terron, Intendant de la Marine à Rochefort et cousin du ministre, se rend à La Teste (1). Il est accompagné de deux Suédois, Peter Ericson et son valet Hendrick Joos, qui ont été recrutés pour enseigner aux gens du pays ce que ces derniers  savaient déjà faire : produire du goudron. Mais c'est une autre technique, celle des hourns de gaze qu'il enseigna sur une parcelle appartenant au Sieur de Caupos (2) dont nous avons vu, dans l’annexe 1, l’intérêt qu’elle porte au négoce des produits résineux.          Nous ne connaissons pas le contrat qui liait ce « faiseur de goudron » sauf qu'en 1664 il réclama 3 fromages de Hollande et une paire de souliers; par contre nous savons ce que toucha son successeur Elias Alh, arrivé en août 1666 : il reçut une pension de 2.000 livres, 1.200 livres de frais de séjour et 6.000 livres de dot payée par le gouvernement, lorsqu' il épousa la fille d'un Taffard, autre grand propriétaire testerin.          A titre de comparaison, la construction d'un bateau de 185 tonneaux, La Ville de Bordeaux, coûte en 1671, 26.000 livres, les gages des compagnons forgerons sont en  1667 de 4 livres par mois et le Secrétaire de M. de Pontac, propriétaire du château Haut­ Brion, gagne 200 livres par an en 1689 !          Il faut croire pourtant que cela ne lui  suffisait pas puisqu'en 1671, Alh, décrit comme «buveur de vin, d'eau-de-vie  assaisonnée de poudre et fumeur de pipe», s'embarqua à Rochefort avec la caisse de la Compagnie, 21.000 livres, et disparut (... Justice divine !) dans un naufrage au large du Poitou (5).  Peter Ericson était mort à Linxe en octobre 1664 non sans avoir chez le sieur du Coussou, grand-père des Desbiey, enseigné son art et construit un four suédois (6) dont nous avons retrouvé la trace.           Sa correspondance, en particulier une lettre du 12 septembre 1664 (7), nous apprend qu'il a aussi construit un four à Lacanau mais que la qualité des pins y étant médiocre, c'est surtout à La Teste et à Biscarrosse qu'il a connu le succès puisqu'une dizaine de fours y sont alors installés et produisent déjà, en exécution du contrat passé, au prix de 12 livres le baril de 122,5 kg ou 24 livres la barrique de 249 kg, jauge de Bordeaux. La capacité de production des fours de La Teste et Biscarrosse varie de 6 à 12 barils par cuisson avec une moyenne de 10 barils, ce qu  laisse entrevoir une activité lucrative. Dès juin 1664, 100 barils, soit 12,5 tonnes,partent pour les chantiers et corderies de la Charente.           C'est pourquoi Caupos {sur les 80 fours recensés en 1672, il en possède  la moitié) s'empresse de percevoir 11 sols par baril porté dans ses propres magasins de La Teste. Le Captal tente {mais il est empêché par l'Intendant Pellot), de percevoir 40 sols par baril, exigeant de plus un millier de résine pour chaque emplacement de four. Si l'on ajoute le prix du charroi de La Teste à Bordeaux (12 sols), et la difficulté de trouver du gazon pour couvrir le feu, cela rendait l'entreprise aléatoire et, comme le dit Ericson, le goudron plus cher que celui de Suède.           A cette époque c’est Elias Alh qui surveille les opérations ; recruté en 1665, il avait dirigé en Provence la Manufacture Royale de Vidauban avant d'être nommé « Inspecteur des faiseurs de goudron » pour l'ensemble du royaume ; Alh, après avoir séjourné à La Teste à partir de septembre 1666, alla contrôler à Bayonne la production. L'intérêt de son séjour à La Teste réside dans les observations qu'il fit le 20 novembre: il constate que les goudronnières y sont de faible ou médiocre capacité et que leur nombre est excessif, tandis que, dans d'autres correspondances, il signale la tendance à faire brûler n'importe quel bois au détriment de la qualité, le goudron étant ainsi trop cassant.           C'est pourquoi, pour redresser la situation, en 1672, Lombard, sur les instances de l'intendant d'Aguesseau, envoie son fils en tournée d'inspection: il recense alors 195 installations pouvant produire 3617 barils soit à peu près 420 tonnes. Sur ce total, les montagnes de La Teste et Biscarrosse représentent 28% avec 80 fours, le secteur Pissos-Lipostey plus accessible par la route et par la Leyre, 60%, le sud du Born et le secteur de Parentis, 12%.            A supposer que ces capacités de production aient été atteintes (car le rapport ne fait pas de différences entre hourns traditionnels et hourns de gaze alors que ce dernier type n’a pas été retrouvé dans les forêts de La Teste et Biscarrosse),  cela n’aurait représenté que la moitié de la consommation française. C'est pourquoi les importations de goudron suédois continuèrent, d'autant plus qu'un traité commercial du 30 décembre 1662 exemptait de taxes les bateaux nordiques tant à Bordeaux qu'à La Rochelle, et que le prix du goudron suédois restait inférieur: 11 livres au lieu de 12 en 1677.            C'est ainsi que Rochefort continua à recevoir du goudron suédois par l'intermédiaire de la Compagnie du Nord. On sait qu'en 1671 Colbert du Terron déplorait l'arrivée de 690 barils. Il craignait que la Manufacture fût concurrencée. Il se félicita l'année suivante, après la fuite d'Elias Alh, d'en recevoir 800 et, convaincu des incertitudes de l'entreprise landaise, il en réclama 1.800 en 1683. La production augmenta cependant sensiblement à en croire les quantités stockées à Rochefort : 450 barils en 1673, 590 en 1676, 1244 en 1682 (8), tandis qu'en 1690 de mai à septembre 128 barils partirent d'Arcachon et 230 par Bordeaux qui, sur l'année, en expédia 1417, soit 17 tonnes.           Cette activité « manufacturière », bien que n'occupant que peu de monde (180 personnes en 1672), procurait donc un complément de revenus d'autant qu'en vertu du Tarif de 1664 les goudrons étaient exemptés de droits d'entrée dans les provinces du royaume. C'est dans ce contexte que le 16 septembre 1680, la veuve de Jean de Caupos, dame Elisabeth de Baleste, confirma aux seuls propriétaires de parcelles de la montagne usagère de Biscarrosse le « droit de faire gemme, résine et goudron,chacun dans son fonds ».           Cette activité lucrative était donc réservée aux seuls tenans-pins. Cette « montagne » n’était, à l’époque, que la continuation de celle de La Teste ; elles ne furent séparées par l’avancée des sables qu’à la fin du XVIII° siècle. Il est d'ailleurs étonnant de constater que la mention des goudrons ne soit jamais apparue dans les transactions concernant la Montagne usagère de La Teste dont les tenans-pins avaient été reconnus beaucoup plus tôt, dès 1604. Cela devait aller de soi parce que seul le pin mort servait à fabriquer le goudron; le pin vif était usager et cela devait être un frein sérieux aux efforts de développement.

2. les besoins de la marine

           Jusque vers 1686, les besoins de la guerre et de la marine avaient stimulé la production puisque de 18 vaisseaux et 6 galères en 1661, la flotte comptait en 1670, 120 vaisseaux et 35 frégates sur l'Atlantique plus une trentaine de galères en Méditerranée et s'élevait en 1683 à plus de 250 bâtiments compte tenu des flottes auxiliaires de corsaires (9). On employait en effet énormément de produits résineux dans les arsenaux : en 1687, pour radouber Le Superbe, vaisseau de 1300 tonneaux, on consomma à Rochefort 50 barils de bray, 26 de goudron, 5 milliers* de brai sec, 1000 livres de suif et 10.000 livres d'étoupe.            Pour l'armement des bateaux neufs, on consommait :                                                                                                     goudron        brai  - vaisseau de 1er rang    (1400 à 2000 tx, 3 ponts)                      55 qx          90 qx  - vaisseau de 3e rang     (800 à 900  tx, 2 ponts)                          37               64  - frégates légères           (200 tx)                                                    24               35  Le brai sec était employé pour le carénage,le goudron pour les cordages (il fallait 6.800 milliers de cordage pour un vaisseau de 74 canons), le brai gras pour le calfatage. Sans compter les produits embarqués qui serviraient pendant la navigation :                                                                              brai                goudron -vaisseau de 1er rang ........................................8 quintaux ...  12 barils - vaisseau moyen ...............................................6 qx................ 8 barils - frégate......................................................................................4 barils - flûte ...................................................................2qx................3 barils - brûlot........................................................................................2 barils     auxquels étaient joints une chaudière, un pot à brai et de l'étoupe (10).  C'est pourquoi il était indispensable d'alimenter en goudron les arsenaux de Brest, Rochefort et Toulon et de développer les Manufactures Royales d’autant que la Suède, principal fournisseur, passa de 1668 à 1672 dans le camp anglo-hollandais, avant de renouer ensuite avec la France, puis de se lancer jusqu'en 1679 dans une guerre contre le Brandebourg. Cette période, à cause du bouleversement des trafics habituels et des nécessités de la construction navale avait donc vu, sous l'effet d'une politique volontariste, menée par Colbert, prospérer la Manufacture. Mais cette époque était révolue.

3. Les difficultés de la Manufacture

      La carte dressée par Monsieur de Clerville en 1677 , dresse un état des forêts à la fin du XVIIe siècle. Il confirme ce que les textes nous ont appris, à savoir la faiblesse des forêts en Médoc, Buch et Born où seules sont importantes les forêts sur dunes anciennes (à l’ouest des étangs) derniers vestiges de l’ancien massif forestier côtier submergé de plus en plus par la poussée des dunes barkhanoïdes* de sables blancs (les semis systématiques des dunes ne commenceront qu’en 1787 à La Teste de Buch), tandis qu’à l’est domine la lande. Elles nous confirme aussi l’importance des forêts du Marensin où les étendues de landes sont plus réduites.      Quant aux fours à goudron, leur localisation nous indique que seule la forêt de La Teste-Biscarrosse  comporte encore des fours en activité ; en Marensin, ils sont très rares (mais celui de Linxe fonctionne encore), ce qui voudrait dire que la production s’y est développée plus tard, comme nous le verrons, tandis qu’en Médoc, il n’y en a pas, ce qui correspond aux dires des brûleurs de goudron suédois.       Cela est confirmé en 1686 par le mémoire du sieur Martin (11) qui nous apprend en effet que, dès 1680, sur les 195 fours initiaux, il n'en restait que 52 en fonction, écoulant à chaque cuite 830 barils (207 tonnes) et qu'en 1686 les fours sont pour la plupart détruits et on n'en trouve qu'un ou deux dans la région de Pissos qui, dit-il, «brûlent de temps en temps». Cela pourrait expliquer le vide archéologique que nous avons constaté en pays de Buch pour le XVIIe siècle en ce qui concerne les fours suédois, la destruction des fours permettant souvent le réemploi des matériaux comme fondations des cabanes construites ultérieurement, fait que nous avons constaté plusieurs fois.       Cela pourrait expliquer aussi la médiocrité des expéditions de goudron par Bordeaux qui a été soulignée par Ch. Huetz de Lemps pour la période 1698­1699 : 462 barils exportés contre 842 barils et 6 tonneaux importés (12) . Mais ces chiffres ne concernent pas les caboteurs testerins qui ne « montent » jamais à Bordeaux, comme l'a si bien souligné le Professeur Bernard (13). Cette situation catastrophique était d'abord due selon Martin à :     - des raisons commerciales :   L'attitude des négociants bordelais préférant, pour sauvegarder leurs intérêts et leurs liens avec des négociants étrangers, hollandais surtout, vendre à perte du goudron importé pour casser la concurrence. Le prix des goudrons étrangers du Nord qui «lorsque la mer est libre reviennent à 7 ou 8 livres le baril» au lieu de 12 pour les landais ; en 1686, la guerre de Hollande est en effet terminée (1672-1679) et Colbert est mort depuis trois ans.      - la qualité des goudrons :   La qualité des goudrons locaux est souvent incriminée: outre le fait que les goudrons de Buch « durcissent l'hiver parce que les arbres sont trop gommeux », ce que Lombard avait déjà signalé, c'est le peu de soin apporté à la fabrication et la fraude sur les poids qui sont soulignés. Les paysans sont accusés de mêler à leur goudron de la bouse de vache, de ne prendre aucun soin pour le bray gras qui, utilisé pour les coutures, est trop sec ou trop liquide, sans consistance, si bien que l'eau pénètre les cales des navires ou «qu'il prend aux pieds» lorsqu'on marche dessus; tout ceci étant dû au mauvais choix des bois, à l'introduction dans les fours de produits interdits {écorces, croûtes de pins, galips*...), au fait enfin que le gazon étant trop «sablonneux», le sable se mêlait au goudron.      Le 10 septembre 1703, l'Intendant la Bourdonnaye est obligé d'interdire aux gens de Salles d'utiliser des barils non conformes et d'ajouter du sable à leurs goudrons et brays, ce qui en augmentait le poids (14) . De même en 1725, une déclaration royale s'insurge contre le fait que «dans les barils de goudron et de bray gras on ajoute tellement de pierres et de sable que le poids réel n'est souvent que de 100 livres au lieu des 250 légaux». On menace même de destruction des fours et de 300 livres d'amende ceux qui brûleraient des ourles (pour le bray gras) en même temps que les bois destinés au goudron (15). On impose une marque sur chaque fond de baril afin d'en indiquer la provenance à peine de confiscation et d'une amende de 41 ivres {la moitié pour le Roi, la moitié pour les hôpitaux) ainsi que l'obligation de passer par Arcachon, Dax ou Bayonne où des inspecteurs délivrent des certificats (16).      C'est devenu un vrai fléau au XVIII° siècle car, en 1760 encore, le Contrôleur Général Bertin écrit à Tourny qu'il faut surveiller le Marensin et le marché de Dax car le bray gras est fabriqué « avec des matières dont on a extrait l'huile de térébenthine et dans lesquelles on laisse souvent des terres et des sables pour les faire peser plus lourd » (16 bis). En 1776 (17) les négociants de Bayonne semblent exclure les goudrons des fraudes qu'ils dénoncent; tout cela prouve que l'ordonnance de l'Intendant d'Aguesseau (18) de 1672 n'a pas été respectée malgré la précision des consignes données. Notons d'ailleurs qu'après la Révolution la «vertu» n'est toujours pas de rigueur puisque le 17 septembre 1807, le maire de La Teste (19) augmente les tarifs du bureau de pesage à cause «d'abus dans la fabrication» et menace de saisie les«résines ou brais reconnus fraudés de sable ou autre terre ultérieurement».      Le sieur Martin se plaint aussi de ce que la pénurie de tonneliers dans les zones de production oblige à se fournir à Bordeaux ou à Dax, ce qui augmente le prix. Enfin il expose la nécessité d'établir des fours dans le comté de Belhade, en Marensin et dans le Pays de Born, plutôt que dans les montagnes côtières où les arbres sont trop couverts de « gemme grasse laquelle s'esqualite avec le goudron ».      En 1700 (20) d'ailleurs, sortent déjà du port de Bayonne 2000 barils de  bray gras et 3000 de goudron soit 1.250 tonnes en tout, preuve que la production s'est, après 1688, développée dans le sud, Bordeaux pendant la même période (1699-1700} n'expédiant que 201 barils de goudron  soit 25 tonnes (21). Cela  est confirmé par un texte de 1707 (22) qui signale en Marensin « 12 à 15 paroisses qui ne font pas un grain de résine et n'emploient leurs pins qu'à faire du brai  sec ou du bray gras ainsi que du goudron quand ils deviennent vieux » (par « résine » il faut entendre ici le galipot).

 4. L’évolution des zones de production

     Il est d'ailleurs normal que la production se développe dans le sud, ne serait-ce que  pour entretenir les bateaux de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz où de 1683 à 1686 étaient recensés (23) : - à Bayonne                                    35 vaisseaux de 50 à 360 tonneaux                                                           8 barques de 20 à 40 tonneaux                                                           9 pinasses de 10 à 25 tonneaux - à Saint-Jean-de-Luz                                                          26 vaisseaux de 60 à 300 tonneaux                                                          25 barques de 20 à 50 tonneaux                                                          22 pinasses.      A ces bâtiments il faut ajouter les bateaux des autres ports, l'ensemble des armements morutiers et les flottilles fluviales de l' Adour.      Il n'empêche que, même dans le sud, la collecte du goudron connaît des difficultés, en particulier la concurrence des forges qui consomment beaucoup de forêts et la modicité des prix fixés par les adjudications royales: 8 livres le baril de 250 livres-poids de goudron ou de bray gras, 27 livres le millier de bray gras, soit moins de 81 ivres le baril (24).      Le résultat de toutes ces imperfections relevées par le sieur Martin dès 1686 est que, dit-il, « les magasins du Roi ont cessé de prendre de ces goudrons ». Il réclame donc un monopole de fabrication, une exemption de tous droits, des prix fixes, une taxe sur les produits bruts qui partent en Hollande, revenant raffinés de ce pays et surtout l'interdiction «à tous particuliers d'aller dans les pièces de pin qui ne leur appartiennent pas pour y prendre des arbres secs et caducs car ils sont les plus propres à faire du goudron et détériorer les forêts en coupant les pins verts». Il s'agit là, pour des raisons économiques ­ déjà, pourrait-on dire, physiocratiques, d'une condamnation des droits d'usage, preuve supplémentaire que, dans les montagnes côtières, celles de La Teste et Biscarrosse au moins, ces droits étaient le principal obstacle à la production des goudrons. Ce n’est que lors des grandes calamités, incendies, ouragans que le bois est utilisé pour le goudron. On le verra en 1803 quand, après un ouragan qui lui a mis à bas 570 arbres le Sieur Taffard de la Ruade déclare avoir donné tout le bois abattu à son résinier et « construit un four à goudron »  dans sa parcelle des Montauzeys en forêt usagère de La Teste. En temps normal les fours n’y servaient, on l’a vu, qu’à produire, à partir des résidus du gemmage, des produits de moindre qualité.      D'ailleurs pour les propriétaires, le goudron ne semble pas un produit très rémunérateur. S'ils utilisent parfois l'argument de cette production lorsqu'ils veulent attirer l'attention des autorités sur l'importance stratégique du massif, celle attitude semble plus politique qu'économique. C'est ainsi qu'en 1751 (25), ils protestent contre les fermiers, résiniers et autres habitants qui font, dans la forêt de La Teste, et malgré une interdiction datant de 1718, des «fenêtres» de 20 pieds sur 200, soit 422 m2, pour la chasse aux bécasses et palombes «faisant un grand abattis d'arbres-pins, diminuant la quantité de pins propres à faire du goudron pour l'Etat», attitude encouragée par le seigneur de Ruat qui perçoit sur chaque installation la valeur de 2 paires de bécasses, soit 48 sols.      Cependant, lorsqu'en 1777 (26) Nicolas Taffard (ou son père signataire de la précédente supplique) passe contrat de fermage avec Bernard Dessans dit Bernachot, résinier des pièces de Péchious et du Pétoulet, il exige « 7 milliers* de résine bonne, belle et de satisfaction prise au four chaque année » mais précise que Daisson « pourra disposer des brays et  terbantines qu'il fera venir ». Le bray gras (ou poix ou pègle) était donc une production épisodique et résiduelle, sinon le propriétaire l'aurait réservée pour lui. Colbert de Seignelay, fils de Jean-Baptiste, secrétaire d'Etat à la Marine depuis 1682, n'ayant pas retenu les solutions du sieur Martin, la Manufacture continua à décliner . NOTES :             1-  J. Lombard, Procès verbal de visite, 1672.             2- Il s'agit de la parcelle de « Sanglarine », à «une lieue d'un meschant village appelé Cazaux. Une dune porta le nom de Sanglarin (le serpent) à l'ouest de l'actuelle parcelle des «Deux Hourns».             3- AD Gironde. Jésuites.  Collège 121 3 mars 1639.             4- Sentence arbitrale de l’an 2 sur la forêt usagère de La Teste             5- Loirette, A l' origine d'une vieille industrie landaise : la Manufacture Royale de Goudrons, 1960,B.M. Bordeaux Br 11.909.             6- Desbiey, Fonds Delpit, AM Bordeaux M 612             7- Correspondance administrative de Colbert, Tome 3, Fonds Depping et Documents pour l'Histoire de  l' Aquitaine, p. 239.             8- F. Lebrun, Le XVll° siècle, Armand Colin, 1967, p. 255.             9- René Memain, La marine de guerre sous Louis XIV - Paris 1937             10- A.N. Marine G no 2 bis, cité par R. Mémain, La Marine de guerre sous Louis XN Il faut noter que la faiblesse de ces réserves est due à la crainte des incendies             11- Mémoire du sieur Martin, AN B 355 - 15 avril 1686             12- Ch. Huetz de Lemps, Géographie du commerce de Bordeaux..., op. cit.             13- Jacques Bernard, op.cit., p.49.             14- A.N. B 3122 Marine, f° 396.             15- Ourles:  partie très résineuse du pin située entre deux carres très rapprochées.             16- Déclaration Royale sur Guienne et Béarn, Chantilly 22 juin 1725.             16 bis- A.D. Gironde, C 3.686, Note sur les propositions du sieur Dupuy, Inspecteur des milices garde-côtes du Marensin.             17- ibid., Lettre des négociants de Bayonne à M. de Clugny.             18- Ordonnance de d'Aguesseau - ADG C 3671             19- Registres du Conseil Municipal de La Teste.             20- Bayonne, HH 202 cité par Laroquette, 1924.             21- Ch. Huetz de Lemps, op.cit.             22- Bayonne, HH 202 cité par Laroquette, 1924.             23- Enquête de J.B. Colbert de Seignelay, Archives de la Chambre de Commerce de Dunkerque (HSB 19, f° 262-267) cité par R. RiChard, Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne, 1983.             24- A.N. Marine D 327 Bayonne (21 décembre 1701)
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