Bordeaux Aquitaine Marine

Le phare de Cordouan - son histoire

extrait de Charles COOK - Guide de l'étranger à Bordeaux et dans le département de la Gironde – BORDEAUX, 1869

sites internet à consulter :  http//cordouan.culture.fr

Selon la tradition, le rocher sur lequel la tour est bâtie faisait jadis partie de la terre du Médoc

et se joignait à la Pointe- de-Graves, qui se trouve aujourd'hui à près de six kilomètres de la

tour ; on prétend qu'en 1500, il n'en était séparé, à mer basse, que par un passage étroit et

guéable; ce qui est croyable, quand on considère l'extrême mobilité du sol sur la côte du

Médoc et la fureur de la mer dans ces lieux.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'époque de la première fondation de la tour ; ils varient

même quant à l'emplacement qu'elle a occupé primitivement. Baurein, qui, dans ses Variétés

bordelaises, attribue le premier phare aux Sarrasins, fait remonter la construction à l'an 732,

et croit que la dénomination de Cordouan peut dériver de Cordoue, capitale d'Andalousie,

d'où ils étaient venus. Il nous rappelle aussi que le cuir de Cordoue, dont les Sarrasins faisaient

le commerce, s'appelait Cordouan.

D'autres écrivains ont attribué la fondation de la tour à Louis le Débonnaire, qui, selon eux, fit

construire en ce lieu une tour, où des hommes donnaient constamment du cor pour avertir les

navires, Il y en a qui veulent que le premier architecte se soit appelé Cordou. Ce qu'il y a de

plus certain c'est que l'on voit dans une charte de 1409, citée par Rymer, que le célèbre Prince

Noir, en 1385, avait fait construire, à l'embouchure de la Gironde et dans l'endroit le plus

avancé dans la grande mer, une tour et une chapelle sous l'invocation de la Sainte-Vierge, avec

des maisons et autres édifices, et ce, pour pourvoir à la conservation des navires, qui

couraient de grands risques au travers des écueils et des bancs de sable placés à l'entrée de

celte rivière. D'après Beaurein, cependant, le prince de Galles ne fit que remplacer une tour

beaucoup plus ancienne[1].

En effet, on voit, d'après la même charte, que, dans le lieu appelé Notre-Dame-de-Cordou, il

résidait un certain ermite, Geoffroy de Lesparre, dont les prédécesseurs avaient été

anciennement (ab antiquo tempore) dans l'usage de percevoir un impôt de deux gros sterling,

monnaie d'Aquitaine, sur chaque navire chargé de vin. Cet ermite, selon toute probabilité, entretenait des feux pendant la nuit pour la sûreté de la

navigation.  Enfin, après tant d'incertitudes, nous arrivons à des renseignements positifs.

On lit dans la Chronique bordelaise, de Delurbe, en 1584, qu'en cette même année, Louis de Foix, architecte et ingénieur du roi, commença à jeter

les fondements d'une nouvelle tour de Cordouan, joignant l'ancienne, et aux dépens de toute la province. Rappelons-nous que Delurbe rapporte ici

un fait qui s'est passé de son temps, et dont il devait être d'autant mieux instruit, qu'il était alors procureur-syndic de la ville de Bordeaux. La tour,

commencée sous Henri III, ne fut achevée que sous Henri IV, en 1610, quatre ans après la mort de son architecte, Louis de Foix. 

Cette tour était d'une admirable architecture; elle offrait à l'extérieur, et sur un plan circulaire, un rez-de-chaussée; un premier étage, surmonté

d'une voûte par assises à recouvrement; un second étage, voûté de la même manière; et, enfin, une lanterne en pierre, destinée à recevoir le feu

du phare.  Ce bel édifice se détériora promptement ; le mur fut endommagé par les tempêtes, la tour fut rongée par les météores, et les pierres de

la lanterne furent calcinées parle feu; de sorte qu'en 1665, Louis XIV se vit obligé de faire faire une réparation générale. En 1727, Louis XV fit

substituer une lanterne en fer à l'ancienne en pierre, et le charbon minéral au bois. C'est aussi du règne de Louis XV que date la belle-chaussée en

pierre qui s'étend à une distance de deux cent soixante mètres de la tour, vers le lieu du débarquement.

Sous le règne de Louis XVI on agrandit les magasins, on répara le mur d'enceinte, et l'on substitua à la lanterne de It un fanal à réverbères. En 1789,

M. Teulère, exhaussa la tour de vingt mètres et remplaça les plaques de Saugrin par des réflecteurs paraboliques. Enfin, en 1823, on substitua aux

réflecteurs plaqués d'argent, des verres lenticulaires dont l'emploi donne un tel accroissement de lumière, que le feu de Cordouan, qui jusqu'alors

n'était visible qu'à une distance de vingt-trois kilomètres, peut-être vu aujourd'hui, du pont d'un navire, à une distance de trente-huit kilomètres. 

Le nouvel appareil, dû à M. Fresnel, fait sa révolution en huit minutes, et présente pendant cette durée huit éclats et huit éclipses.

Quatre hommes sont employés à veiller et à entretenir le fanal ; leur service se fait en commun et par quart la nuit. On leur porte des vivres deux

fois par an, et assez pour six mois; car en hiver toute communication avec la terre est interrompue, et les gardiens ne sont guère visités alors que

par des naufragés, lorsqu'il en arrive de vivants. Telle est la violence de la mer en ces parages, que les vagues, quoique rompues par les écueils,

s'élèvent contre la tour à une hauteur de plus de douze mètres. En 1777, dit M. Jouanet (auquel nous devons la plupart de ces renseignements), on

a vu la lame saisir un bloc de pierre de deux mille quatre cents kilogrammes, l'enlever, le transporter à la distance de vingt mètres, et le lancer, à

deux mètres de hauteur, contre le mur d'enceinte. Durant les nuits orageuses de l'hiver, des volées innombrables d'oiseaux de passage, attirés de

loin par la vive clarté du feu, viennent se heurter avec violence contre les vitraux épais du fanal, et tombent morts, par centaines, dans la galerie et

au pied de la tour.

[1] Il résulterait des découvertes faites par M. Teulère, en réparant des parties de la tour, en 1789, que le rez-de- chaussée de l'édifice actuel

remonte à plus de quatre cents ans. Voyez Jouanet, Statistique de la Gironde.

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