Bordeaux Aquitaine Marine

Biographies A- C

Baste (Pierre) - Cleirac

BASTE (Pierre, comte -) — (extrait de P. Levot & Doneaud A. - Les gloires maritimes de la France – Arthus Bertrand,Paris, 1866)

Contre-amiral, né à Bordeaux, le 21 novembre 1768, de parents pauvres, entra à l'âge de 13 ans dans la marine marchande, la quitta en 1793 pour prendre du service sur les bâtiments de l'État, à titre d'enseigne auxiliaire, et nommé capitaine au long cours l'année suivante, commanda à Saint-Domingue la goélette l'Hirondelle, puis le brick le Jacobin, avec lequel il explora les côtes de la Nouvelle-Angleterre. En 1795, il se distingua aux combats des 5 messidor an III et 2 frimaire an IV, et commanda la demi-galère la Voltigeuse, qui faisait partie de la flottille du lac de Garde. Il passa de là à Mantoue, et, après y avoir soutenu avec honneur divers combats, il fut mis a la tête de la flottille qui rendit de si grands services pendant le siège de cette ville. Enseigne depuis le 21 mars 1796, il commanda comme lieutenant provisoire le brick la Mérope au siège de Malte, et se trouva, le 16 thermidor an VI, au combat d'Aboukir. Chargé, en floréal an VIII, de porter des dépêches au gouverneur de Malte, bloqué par les Anglais, il accomplit sa mission. Revenu dans l'île quelque temps après, il prit part à la belle défense des Français. Lieutenant de vaisseau, en mai 1800, il partit pour la désastreuse expédition de Saint-Domingue, dont il avait prévu l'issue, et où, à deux reprises, il fut sur le point de périr; la première fois, dans l'incendie du Cap ; la seconde fois, de la fièvre jaune. Capitaine de frégate à son retour, et commandant le troisième équipage du bataillon des marins de la garde, il se distingua au bombardement du Havre, en 1805, où, commandant la canonnière la Boulonaise, il força à la retraite un cutter et brick anglais. Détaché ensuite à Ostende, sous les ordres du contre-amiral Magon, il activa les armements de ce port, puis se distingua dans plusieurs affaires devant Calais et Boulogne. Emmené par Napoléon en Autriche, en 1806, il rendit à l'armée de grands services sur le Danube, au pont de Vienne et à l'île Lobau. Dans la campagne de Prusse, en 1507, il équipa à Dantzick une flottille pour faciliter les opérations du siège de Pillau, et enleva un convoi de 42 voiles qui apportait des vivres à l'ennemi. L'année suivante, en Espagne, à la tête de 1200 hommes, il conserva intactes vingt lieues de terrain, et s'empara de vive force de Jaon. Élevé en 1809 au grade de colonel des marins de la garde, il arma sur le Danube une flottille, qui prit l'île de Mulheisen. Puis il revint en Espagne, et y prit encore Almanza. Napoléon le nomma comte de l'Empire la même année, contre-amiral en 1811, général de brigade en 1813. C'est en cette qualité qu'il participa à la campagne de France. Il n'en vit pas la fin, étant mort en février 1814, des suites d'une blessure reçue au combat de Brienne. (Moniteur universel du 22 février 1814).

BURGUERIEU (Raymond) -  Sauveteur du département de la Gironde - Extrait de l'ouvrage « Les sauveteurs girondins » Par Marius Dorgan

(1876)

Le 29 juillet 1856, trois hommes, les nommés Léon Lac, Henri Quinard et Fougère, se promenaient en bateau dans le port de Bordeaux. Tout à coup, et par suite d'une imprudence, l'embarcation chavira et les promeneurs furent précipités dans la Garonne où ils auraient infailliblement péri, si Burguerieu n'était pas venu à leur secours. Après de longs efforts, il parvint à les ramener tous trois à terre et à les arracher à une mort certaine.  Le 4 août 1857, le nommé Hippolyte Guinier tombe à l'eau aux Douze-Portes, et va y trouver la mort, lorsque Burguerieu se jette tout habillé dans la Garonne et parvient à le sauver.  Le lendemain, il sauve également le nommé Félix Limosin, en danger de se noyer près du pont de Bordeaux.   Enfin, quelque temps après, il sauve, près des chantiers de l'Océan, le nommé Edouard, qui venait de tomber à l'eau.   La lutte de Raymond Burguerieu contre la mort se poursuit, il semble qu'elle veut le narguer et qu'elle attend sa présence pour choisir ses victimes.  En 1858, le 12 novembre, un terrible incendie éclate à la corderie située près de l’établissement des Aliénées de Bordeaux. Un homme est surpris par les flammes, et il lui est impossible d'échapper à une mort inévitable. L'anxiété est au comble parmi les assistants, les cœurs battent et chacun pleure sur le sort de la malheureuse victime. Dans un instant, si un miracle ne s'opère pas, la toiture et les planchers vont s'effondrer et engloutir l'infortuné. Mais il n'en sera rien, Raymond Burguerieu est là : ce miracle, il l'opérera. N'écoutant que son courage, il se précipite au milieu des flammes et parvient à en retirer le malheureux aux acclamations d'une foule enthousiasmée. Le courageux sauveteur reçut, dans cette circonstance, une blessure au bras droit, que constate un certificat délivré par le docteur Azam.  Le 29 juin de la même année, il avait déjà retiré de la Garonne le nommé Sellier, qui était sur le point de se noyer. En 1861, il retire de l'eau le nommé Pierre Coquereau.  En 1862, il sauve successivement les nommés Jacques Charretier, Cabannes et Chauveau, qui étaient en danger de se noyer dans la Garonne.  L'année 1863 est dignement remplie par le sauveteur bordelais :  Il arrête tout d'abord, dans la cour de l'abattoir de Bordeaux, un cheval emporté qui y répandait la terreur. Il ne put le maîtriser de suite et fat traîné sur les pierres pendant quelques instants.  Le 6 mai et le 5 juillet, il sauve les nommés Bourseaud et Louis Gourgues, qui allaient périr dans la Garonne.  Le 3 novembre de la même année, un bœuf furieux parcourait la rue du Mirail, à Bordeaux, et jetait l'épouvante parmi la population en renversant tout sur son passage, et en blessant deux hommes dévoués qui avaient voulu l'arrêter.  L'animal pénètre dans la cour du Mont-de-Piété, mais il est immédiatement suivi par Burguerieu, qui vient d'arriver. L'intrépide sauveteur accule la bête dans un coin, et, après une lutte de quelques minutes, parvient à l'arrêter, aux applaudissements de deux mille personnes, témoins de cet acte de courage.  A la même époque, un terrible incendie détruisit en partie l'Hôtel-de-Ville de Bordeaux. C'est là que Burguerieu, qui appartenait alors au corps des sapeurs- pompiers, retira neuf personnes de dessous les décombres, qu'il arracha à une mort certaine, car, un instant après, les plafonds s'écroulaient.  Le 17 juillet 1864 il sauva, dans le bassin d'Arcachon, à cinq cents mètres de la plage, un imprudent baigneur, le nommé Albert Sablan, qui allait se noyer.   En 1865, il arrache également aux flots le nommé Jean-Marie Prévôt.   Le 2 mars 1866, un bœuf furieux, qui parcourait le quartier. Sainte-Croix, se réfugie chez M. Duluth, instituteur, rue du Noviciat. L'animal avait déjà blessé cinq personnes et menaçait de causer d'autres ravages, lorsque Burguerieu, que le commissaire de police avait envoyé chercher, arrive en toute hâte, et, avec une vigueur extraordinaire (car il est doué d'une force herculéenne), maintient la bête par les cornes, et la met dans l'impossibilité de nuire.  Plus tard, en 1867, il arrête, sur le pont de Bordeaux, une vache landaise qui, échappée à ses gardiens, menaçait d'occasionner de graves accidents.   Dans la même année, se trouvant à Rochefort, il trouve également l'occasion d'arrêter un bœuf furieux qui parcourait les rues de la ville. Enfin, le 4 septembre, il sauve une jeune fille  tombée à l'eau entre deux pontons, près de l'école  de natation de Bordeaux.  En 1871, Burguerieu rappelle à la vie, par l'aspiration des poumons, un jeune homme près à s'asphyxier.  L'année ensuite, il sauve, à dix heures du soir, le nommé Henri Lesec, garçon de bains à la Bastide, qui se noyait dans la Garonne.  Les sauvetages opérés par Raymond Burguerieu sont innombrables, et il nous serait impossible de les rappeler tous. Disons seulement que, pendant cinq années, il fat ce service sur le pont de Bordeaux, et que pendant ce laps de temps, plus de vingt personnes lui ont dû la vie.  Enfin, depuis huit ans qu'il appartient aux bains de natation de la Bastide comme maître-nageur, il ne se passe pas de mois sans que cet homme dévoué n'arrache à la mort quelque imprudent baigneur.  Nous ne saurions mieux terminer cette série d'actes de dévouement du courageux sauveteur que par le fait suivant : Une jeune-fille, Jeanne P., à peine âgée de dix-sept ans, que minait depuis quelque temps des chagrins de famille qu'il ne nous appartient pas de reproduire ici, se mourait dernièrement d’une maladie de cœur. Les efforts de la science étaient impuissants, et l'on attendait dans l'anxiété l’instant où cet ange allait rendre son âme au créateur. Les médecins voulurent cependant tenter un dernier effort, et ils songèrent 'à la transfusion du sang.  Mais, où trouver un homme ? où trouver un être  assez courageux pour supporter cette opération et  arracher à la mort cette nouvelle victime ? Burguerieu se présenta, lui seul était capable d'un tel dévouement, lui seul avait la force de lutter contre l'implacable ennemie qui voulait s'emparer de cette malheureuse enfant.   Malgré les efforts de la science, l'infortunée succomba, après avoir supporté deux fois cette dangereuse opération, et Burguerieu, dont le dévouement avait été désintéressé, eut la douleur de ne pouvoir conserver à la société une jeune fille dont la grandeur d'âme et la noblesse de caractère eussent fait une de ces femmes dont honore à juste titre une famille. Raymond Burguerieu n'est pas seulement un courageux sauveteur, il est aussi un philanthrope dévoué, un de ces bienfaiteurs modestes de l'humanité dont on aime à rappeler les traits de charité.  Pendant la dernière guerre de 1870, alors que les blessés arrivaient en foule dans nos villes du  Midi, Burguerieu ne fut pas le dernier à leur  offrir un refuge chez lui; douze de ces malheureux  furent recueillis chez cet homme, dont la bonté de  cœur égale le courage, et pendant trois mois il  employa le maigre salaire que lui procurait son état de garçon boucher au soulagement de ces  pauvres enfants, qu'un misérable despote avait  envoyé à la mort.  Lorsque le choléra sévissait à Bordeaux, Burguerieu sut, comme toujours, faire son devoir ; il soigna les malades avec un zèle et un dévouement digne d'éloges.  Enfin, pendant la période de variole qui éclata en 1870, il recueillit chez lui, pendant trois mois, un malheureux jeune homme atteint de cette ter-  rible maladie, et, grâce à ses bons soins, il l'a complètement rétabli.  Burguerieu, quoique peu fortuné, n'oublia pas non plus les devoirs que commande la charité, et donna souvent davantage que ses moyens ne lui permettaient. A une époque oubliée par le généreux sauveteur, il fit don, au profit des pauvres, de deux moutons lui appartenant, et soulagea ainsi de tristes misères.  Il appartenait également à ce brave, de ne pas oublier ces autres braves qui, avec le grand capitaine Bonaparte, avaient porté haut, et fait respecter dans tous les pays, le glorieux nom de la France.  Il fournit, pendant un certain temps, une grande quantité de viande aux courageux invalides de l'asile Sainte-Hélène de Bordeaux. Tant de nobles actions, tant d'admirable courage, méritaient une récompense ; le gouvernement le comprit, et Burguerieu obtint : 1° une médaille d’argent de 2e classe ; 2° une médaille d'argent de 1ére classe ; 3° une médaille d'or de 2e classe. Il fut, en outre, admis comme membre de la Société belge de Sauvetage, de la Société des Sauveteurs de Carcassonne et de la Société de Confucius, de France.  Ecce homo ! Voilà quel est celui dont nous venons d'esquisser à grands traits la biographie. Ne vous semble-t-il pas, ô lecteur ! qu'il y a un parallèle à établir entre cet homme, dont l'existence se passe à arracher à la mort les êtres dont elle veut se saisir, et ces autres hommes, véritables génies destructeurs de l'humanité, qui semblent n'être sur la terre que pour lui envoyer les victimes dont elle doit se repaître.  Pendant que le courageux sauveteur lutte et combat contre la mort, ces derniers, qu'on imagine princes, roi ou empereurs, montent sur un trône, commandent à une foule d'esclaves et de serfs, et voulant satisfaire un caprice ou une sotte ambition, n'ont rien de plus pressé que de déclarer la guerre et de lui livrer en bloc des êtres dont elle mettrait peut-être plus de temps à s'emparer. Que de lâchetés, que de vilenies à côté de tant de dévouement !  S'il est vrai qu'il y a une seconde vie, s'il est vrai que Dieu récompense là-haut les bonnes actions d’ici-bas, lorsque Raymond Burguerieu deviendra lui-même la victime de celle à qui il en a tant arraché, il verra venir sans crainte l'instant où il paraîtra devant l'Être suprême.  Mais, ce n'est là qu'une fiction, ce n'est là qu'un idéal auquel nous n'attachons pas plus d'importance qu'il ne mérite, et c'est pourquoi nous voudrions voir la justice des hommes devancer celle de  Dieu. Rappelant donc, pour terminer, les paroles de ce célèbre avocat dont nous parlions en commençant, espérons qu'il restera encore sur la noble  poitrine du courageux sauveteur bordelais une  petite place pour une plus grande !

CLEIRAC (Bordeaux, 1583 - ?)

Avocat, auteur de recherches sur la marine, le droit maritime et les monnaies. Son livre "Us et coutumes de la mer" reste une référence de nos jours. On ne connaît pratiquement rien de sa vie.
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